LA VILLE ÉMIETTÉE.

Essai sur la clubbisation de la vie urbaine


Non sans écho à Gouverner la ville mobile de Philippe Estèbe (ouvrage publié dans la même collection), ce livre se penche sur l’évolution urbaine et sociologique des zones suburbaines. Plutôt qu’une extension/dissémination, il en ressort le constat d’un émiettement, la constitution d’îlots de plus en plus éloignés des centres-villes, de miettes isolées cherchant plus ou moins à échapper aux impératifs des services collectifs et de la redistribution. L’émiettement n’est pourtant pas chaotique pour deux raisons. D’une part, il apparaît que les villages ruraux d’hier étaient beaucoup plus fermés et repliés sur eux-mêmes que les clubs résidentiels contemporains qui ont pour particularité de détourner la « carte scolaire » à des fins exclusives. D’autre part, il revalorise le rôle de la ville-centre, un rôle paradoxal puisqu’il faut s’en éloigner tout en en conservant les atouts. L’image d’un éclatement métropolitain est donc ici remise en cause au profit d’une approche qui revalorise la centralité de ces « villes-centres » entourées de miettes urbaines toujours plus petites à mesure qu’on s’en éloigne. Critiquant l’idée selon laquelle les périurbains vivent sans fréquenter un pôle urbain principal, Éric Charmes souligne à l’inverse que « les centralités dont le périurbain est parsemé » l’autonomisent moins qu’elles n’étendent l’emprise du pôle urbain principal. « Au fil de l’extension des aires urbaines, beaucoup de petites villes deviennent des relais de croissance pour la zone d’influence d’un pôle proche plus important. Cela vaut notamment pour Paris. Plutôt que l’affirmation d’un réseau de polarités multiples sans véritable lien hiérarchique, on voit l’affirmation de la prééminence d’un pôle urbain principal. »

O. M.

PUF, La Ville en débat , 2011
290 p. 14 €