L’EMPIRE, LA DÉMOCRATIE, LE TERRORISME
Dans l’Âge des extrêmes, un livre très éclairant sur le xxe siècle européen, l’historien progressiste Éric Hobsbawm développait la thèse d’un « court xxe siècle ». Ce siècle, inauguré en 1914 avec la Première Guerre mondiale, a connu successivement un âge des catastrophes (1914-1945) et un âge d’or (1945-1975, les « Trente Glorieuses » de l’État-providence), avant de s’achever avec la chute du mur de Berlin en 1989 et la libéralisation d’un capitalisme de plus en plus sauvage. Auteur d’ouvrages historiques sur la Révolution, l’Empire, les nationalismes, Hobsbawm propose de décrire dans ce récent opuscule ce qu’il en advient de la période la plus récente, de l’après-1989 et de l’après-septembre 2001 en s’interrogeant sur le devenir de l’empire, de la démocratie et du terrorisme. Écrit en 2007 avant la faillite de Lehman Brothers de septembre 2008 (qui a exacerbé et mondialisé les effets de la crise des subprimes) et avant l’élection d’Obama, l’ouvrage pressent la décomposition lente de l’économie capitaliste mondiale tout en s’interrogeant sur l’action possible des Américains et sur les réactions des autres pays. Moins inventif et lucide que l’Âge des extrêmes qui était une histoire de l’Europe, cet ouvrage sur le monde (peu mondial car trop obsédé par les États-Unis et donc insuffisamment soucieux des pays émergents et de l’ensemble Bric) prend difficilement acte de la fragilisation américaine et occidentale. C’est dire que la mondialisation, comprise dans le prisme du capital, de l’empire et de la réaction terroriste, n’est pas considérée comme une rupture historique qui rebat différemment les cartes des puissances et « dé-centre » le monde occidental dont les États-Unis étaient l’aboutissement historique. La seule crise du capitalisme mondialisé ne permet pas nécessairement de voir et d’analyser ce « dé-centrement ». Hobsbawm n’en risque pas moins une prévision qui se démarque à raison de la pacification attendue dans l’après-1989 : « La guerre du xxie siècle ne sera pas aussi meurtrière qu’au xxe, mais les violences armées génératrices de souffrances et de pertes immenses resteront omniprésentes et endémiques (parfois épidémiques) dans une grande partie du monde. La perspective d’un siècle de paix s’éloigne. »
O. M.
O. M.