Roland Barthes
Le métier d'écrire
Le livre comprend trois grandes parties. Commençons par la deuxième, « L’Œuvre ». L’auteur reprend ses présentations aux cinq volumes des Œuvres complètes de Barthes publiées aux éditions du Seuil depuis 2002 : c’est en abîme, l’œuvre de Barthes dans un livre sur Barthes… On suit avec passion le cours des astres de textes qui, pendant quarante ans (1942-1980), ont réinventé la critique en se confrontant, selon l’alphabet, à Balzac, Brecht, Dante, Fourier, Loyola, Michelet, Racine, Sade, Sollers, Wagner, et tant d’autres, dont Roland Barthes par Roland Barthes publié en 1975 dans la collection du Seuil « Les écrivains de toujours ». Cette lecture dynamique, plutôt que « génétique », est une invitation savante et savoureuse à traverser les pages fécondes de l’érudit vagabond. La troisième partie « Sur les Fragments d’un discours amoureux. Réflexions sur l’image » est la rédaction d’un séminaire universitaire en 2005. Soignées et précises, les leçons élucident Fragments d’un discours amoureux (1977), le rôle de l’image. Un texte au titre étrange, « Le Non-Vouloir-Saisir », est une sorte de méditation sur la nuit à partir de saint Jean de la Croix : l’être désiré n’est aimé qu’à proportion de sa fuite devant toute saisie, devant toute assignation à demeure. Jamais là, toujours parti, ailleurs… C’est la première partie, « Mémoire d’une amitié », qui retient aujourd’hui notre attention. Sobre et intense, l’auteur raconte sa rencontre avec Barthes, à la soutenance de thèse de Noëlle Châtelet, sa tante. Puis il décrit les visites discrètes, les plats cuisinés, la sieste. L’amitié s’est amplifiée par les voyages, les visites chez la mère de Barthes à Urt près de Biarritz, les vagabondages parisiens, les papotages dans les restaurants, l’amitié avec Sollers. Marty raconte son admiration pour le professeur au Collège de France, couvert de gloire et de mondanités, mais méthodique et ascétique dans son « métier d’écrire ». Le jeune étudiant d’alors lui a tenu compagnie, presque silencieusement, au jour le jour, jusqu’à l’accident fatal rue des Écoles, et la mort nosocomiale à l’hôpital (mars 1980). Beau portrait, bien vivant, souvent drôle, d’une tristesse secrète parfois, de ce lettré solitaire, sybarite sibyllin et grand mélancolique.
P. Ma.
P. Ma.