L’ÉTHIQUE DU JOURNALISME


Journaliste formé à l’école du Monde de Hubert Beuve-Méry et de Guy Herzlich, animateur obstiné de la revue Les Grands articles (dont nous ne pouvons que regretter la disparition) et philosophe, Éric Rohde, sans s’appesantir sur l’internet et les excès de l’information en tous genres, renouvelle la réflexion sur l’éthique du journalisme. Pour cela, il s’arrête concrètement sur l’élaboration du travail et sur les conditions d‘exercice d’un métier qui ont profondément changé. Au fil des séquences, l’auteur rappelle les imprécisions qui entourent le travail au quotidien (« un univers d’indétermination »), les conditions de la fabrique (« l’information-média comme construction »), les risques du métier (« incertaine éthique »), l’évolution du droit (« voix et voies du droit »), les pouvoirs et les devoirs du journaliste… Le parcours est donc bien balisé (« l’arrière-plan est simple : 1) il est certain que les journalistes doivent disposer d’une liberté absolue de leur initiative, si un tiers ou une norme devaient leur dire a priori quoi faire et de quelle manière, il n’y aurait, stricto sensu, plus d’information ; 2) tout reportage, enquête, toute mise en forme et toute publication, parce qu’ils sont possibles, ne sont pas forcément à réaliser »). Et les interrogations également bien circonscrites en fonction d’une conception de l’intersubjectivité qui s’inquiète de qui est le public (distinct de l’opinion et des sondages) : « L’information-média publiée risque de sombrer dans le bavardage équivoque de la publicité du On, si elle ne se reconnaît pas comme procédant d’un mandat implicite, donc d’une demande […] L’information-média, assortie des précisions concernant son élaboration, renforce le dialogue de facto amorcé par la reconnaissance du mandat implicite et rapproche artisans et destinataires de cette information des conditions d’un Nous. Lorsqu’on délivre une information riche et ouverte, deux autres phénomènes se produisent : d’une part, les jugements péremptoires deviennent plus difficiles à formuler ; d’autre part, les sources qui m’ont informé – moi, journaliste – me tiendront en plus grande estime, pour la simple raison que j’aurai rapproché le lecteur de leur vérité, quelle qu’elle soit. » Mais quelles sont les conditions effectives de la fabrique aujourd’hui alors que le nombre des journalistes professionnels tend inexorablement à diminuer ?

O. M.

PUF, Que sais-je ?, 2010
128 p. 9 €