LE LIVRE ET L’ÉDITEUR


Vieux routier de l’édition, Vigne peut se targuer d’un parcours significatif et réussi : il a travaillé aux éditions de La Découverte avec François Gèze, chez Fayard avec Claude Durand et il travaille aujourd’hui chez Gallimard avec Antoine Gallimard. Cet essai, qui reprend un grand nombre des réflexions d’un travail rédigé pour l’ancienne ADPF à la demande d’Yves Mabin, n’est pourtant pas une apologie des « bonnes » maisons d’édition, mais une réflexion sur le métier d’éditeur à l’heure de la crise de la prescription (du fait de la faiblesse de la presse écrite et de leurs suppléments littéraires) et des circuits de distribution. Loin d’entonner le refrain de la mort du livre et de considérer que l’édition est devenue une profession de victimes, Vigne souligne que l’ensemble des maisons d’édition ont fait consciemment des choix qui se sont retournés contre elles dans un contexte où prédomine la loi de la marchandisation (qu’il distingue, en écho à Polanyi, de la commercialisation) et la médiatisation des auteurs. Renouant avec l’histoire de l’édition au long cours et ne s’inquiétant pas outre mesure de la montée en puissance du numérique, Vigne, assez serein, en appelle à la responsabilité des éditeurs eux-mêmes. N’ont-ils d’autre avenir que de s’acclimater aux exigences de l’audiovisuel et de formater les livres ? L’admettre serait croire que la demande est strictement déterminée par l’offre. Si le lecteur existe toujours et l’auteur également, la tâche de l’éditeur est de redonner à l’un et à l’autre toute leur place. Le marché existe mais rien n’empêche de penser un peu, à moins de se satisfaire de la fin du livre. En bon connaisseur du secteur des essais et des sciences humaines en général, Vigne dessine des lignes d’horizon susceptibles de faire réfléchir éditeurs… et maisons d’édition.

O. M.

Klincskieck, 2008
180 p. 15 €