A en-tête de Critique
Correspondance, 1946-1951
« Fondée aux Éditions du Chêne en juin 1946, reprise, interrompue, refondée aux Éditions de Minuit en octobre 1950 », Critique est une « revue générale des publications françaises et étrangères » qui a été d’abord dirigée par Georges Bataille puis par Jean Piel et Philippe Roger, qui poursuit aujourd’hui l’aventure. L’originalité de cette correspondance entre Bataille et Weil est au moins double. D’une part, on assiste à un échange souvent inattendu et surprenant entre deux lecteurs et interprètes de Hegel qui se sont connus dans les années 1930 au séminaire d’Alexandre Kojève : surprenant par les discordances (Éric Weil laisse entendre à Georges Bataille, qui a affirmé en 1948 pour sa part qu’il n’aurait jamais pu réaliser sa revue sans Blanchot et Weil, qu’il ne faut pas trop accorder de place aux thématiques chères à Maurice Blanchot !), par les désaccords idéologiques (celui qui porte sur le communisme que défend Weil, qui évoluera sur ce point, est le plus manifeste) et par les jeux de pouvoir (Weil fait plus ou moins pression sur Bataille, jusqu’à laisser entendre qu’il est le codirecteur de Critique). D’autre part, alors que les courriers rédactionnels ont laissé aujourd’hui place au sein des revues à des courriels étiques et souvent lapidaires, on est surpris par la qualité des arguments échangés et par le temps pris à évoquer et à chercher des auteurs. Reste, comme le souligne l’éditrice, que la plupart des projets d’articles annoncés n’ont pas vu le jour. Tel est le lot de la vie intellectuelle propre à cette revue, dont le pluralisme originel (à commencer par le trio Bataille/Blanchot/Weil) est assez exceptionnel dans l’univers des revues de l’après-guerre.
O. M.