Le Diable dans la ville blanche
En 1893, pendant l’Exposition universelle de Chicago, un tueur en série fait « disparaître » des jeunes femmes, profitant de l’agitation ambiante et de l’afflux de visiteurs dans la « ville noire », le Chicago de la fin du xixe siècle, aux allées interlopes, aux rues balayées par la puanteur des abattoirs, venus admirer la « ville blanche » érigée pour l’Exposition par les plus grands architectes de l’époque. Si ce livre est loin d’être un thriller exceptionnel, il fait néanmoins découvrir au lecteur, avec une impressionnante richesse documentaire, le projet de cette Exposition, menée tambour battant par l’architecte Daniel H. Burnham (présenté ici de manière totalement hagiographique). Les innovations, aussi bien techniques qu’esthétiques (la première grande roue du monde fut présentée à cette Exposition, et voulait être une répartie à la tour de Gustave Eiffel, érigée à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889 à Paris), sont décrites en détail, tout comme les conflits entre les architectes, défendant non seulement leurs idées, mais parfois leur discipline, comme c’était le cas pour Frederick Law Olmsted, le concepteur de Central Park, pour qui le paysage était l’une des composantes de l’architecture, et non un simple ornement destiné à mettre en valeur les bâtiments. Si la vision architecturale américaine du début du xxe siècle, incarnée notamment par Frank Lloyd Wright, s’est construite contre le néoclassicisme caractéristique des constructions de la ville blanche, cette dernière a aussi permis de mettre en œuvre des avancées majeures (sur le plan de l’alimentation électrique ou de la structure des bâtiments) qui, à leur tour, ont contribué à rendre possible le fonctionnalisme de la Prairie School.
A. B.