Moïse et son importance dans l’histoire de la religion israélo-juive


Dans l’Homme Moïse et la religion monothéiste (1939), Freud dit s’inspirer d’un ouvrage d’Ernst Sellin paru en 1922. Il est traduit seulement aujourd’hui. Sellin, luthérien allemand, bon connaisseur de l’hébreu ancien, archéologue actif de surcroît, enseignait l’Ancien Testament à l’université de Vienne depuis 1898, au moment exact donc où la psychanalyse naissait. Très opposé aux doctrines aryennes dans les années 1925-1930, Sellin, admirateur de Bismarck, n’en tint pas moins des propos patriotiques très ambigus dans les années 1930. Le titre de son livre en indique l’intention : « atteindre historiquement la personnalité de Moïse lui-même ». Ce faisant, il pense, en se fondant largement sur des traditions prophétiques, avoir découvert et pouvoir prouver que Moïse a été assassiné, une vérité occultée dans les textes, recouverte « d’une couche de peintures diverses », et pourtant transmise dans les quatre traditions bibliques censées parler de lui (selon Sellin). La conséquence de cette conviction est que « le peuple, soit en entier soit en sa majeure partie, n’a jamais compris son fondateur de religion ». Une thèse hardie, que la plupart des exégètes ne suivent pas. Le traducteur, qu’elle séduit, a fait un gros travail de présentation historique et psychanalytique pour contextualiser un livre ancien.

J.-L. S.

Le Félin, 2015
430 p. 25 €