La parole contraire


L’écrivain italien Erri de Luca, auteur notamment de Trois chevaux (paru chez Gallimard en 2002 ; son dernier livre, Histoire d’Irène, vient de paraître chez le même éditeur), a été accusé en 2013 par la société de construction de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin d’incitation au sabotage, pour un entretien accordé au Huffington Post dans lequel il déclarait soutenir des militants anti-Tav (pour Treno alta velocità, train à grande vitesse) qui avaient cisaillé des grillages entourant le chantier. Dans la Parole contraire, il revient sur le mouvement No-Tav, qui depuis des années combat, en val de Suse, le projet du Lyon-Turin, sur son propre positionnement politique, mais aussi et surtout sur le rôle de l’écrivain, sur son droit à la « parole contraire ». Comme il l’écrit : « J’accepte volontiers une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire. » De Luca a reçu le soutien de nombreux écrivains et intellectuels, en Italie et ailleurs, qui considèrent sa mise en accusation comme le retour du délit d’opinion. Cette affaire remet également sur le devant de la scène la question de la contestation des grands projets d’infrastructure, des mobilisations auxquelles ils donnent naissance et de la répression que ces dernières engendrent, comme on l’a tragiquement constaté récemment en France, à Sivens, avec la mort de Rémi Fraisse.

A. B.

Gallimard, 2015
48 p. 8 €