Grandeur et misère de l’État social
Dans sa leçon inaugurale prononcée à la fin de l’année 2012 au Collège de France (voir son entretien avec Mireille Delmas-Marty dans Esprit, novembre 2012), l’auteur d’Homo juridicus se réfère d’emblée au Procès de Kafka (celui-ci a consacré toute sa vie professionnelle à la mise en œuvre de la loi sur les accidents du travail adoptée en 1887 par l’Autriche-Hongrie) pour rappeler ce qu’est l’esprit de la Loi. « Dans les termes du gardien de la Loi dans le Procès, il n’est pas possible d’entrer dans la Loi, d’accéder à ce qui serait sa raison ultime […]. La science est impuissante à fonder un ordre juridique. Les principes sur lesquels repose un tel ordre sont affirmés et célébrés, mais ne sont pas démontrés et démontrables. » Titulaire d’une chaire inédite intitulée « État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités », Alain Supiot éclaire dans cette conférence les soubassements nationaux du droit social (les liens de l’Allemagne avec le droit du travail, de la Grande-Bretagne avec la sécurité sociale, et de la France avec les services publics) avant de s’arrêter sur les évolutions d’un droit né avec les accidents du travail dans l’univers industriel. Si la globalisation économique contribue à remettre en cause les ancrages nationaux, Supiot n’en pense pas moins qu’il est urgent de repenser des formes de solidarité dans le cadre de celle-ci, univers réticulaire et non plus pyramidal. Mondialiser la globalisation, c’est créer des solidarités autrement, orchestrer des mondes communs. Ce pour quoi le droit social a un rôle décisif à jouer, décisif mais inédit.
O. M.