L’esprit des sciences humaines


Quelle est l’unité des sciences humaines ? Comme Foucault, l’auteur ne pense pas qu’une réponse à cette question puisse être apportée autrement que par l’étude de l’histoire des sciences humaines et, comme Foucault, il pose que cette histoire n’est pas autonome mais dépend de décisions philosophiques fondamentales. Les sciences humaines n’ont pas d’autre unité que celle d’un « discours mixte » qui associe l’étude de nouvelles positivités à la constitution d’un nouvel a priori. À la différence, néanmoins, de la thèse défendue dans les Mots et les choses, ce livre montre que le concept de « norme », ou plutôt de « normalité » est à l’origine de l’émergence d’un type de savoir qui prend l’homme pour objet. Historiquement, cela se vérifie par l’importance de la sociologie d’Auguste Comte auquel l’auteur consacre une analyse patiente qui lui rend toute sa place dans la généalogie des sciences humaines. Le « pli anthropologique » en lequel ces sciences trouvent leur source est une opération philosophique qui privilégie l’« homme normal », l’« homme moyen » à partir duquel la recherche des pathologies peut s’engager. L’unité, précaire et sujette à caution, des sciences humaines proviendrait donc d’une construction de la normalité, ce qui implique que soit reconnue une importance centrale à l’activité mentale des sujets. Ce livre montre de manière très convaincante l’importance du « retour du refoulé psychologique » dans le développement de toutes les sciences humaines, même celles qui (comme la sociologie) ont parfois prétendu s’en libérer. L’« esprit » doit donc s’entendre non seulement comme l’épistémè des sciences humaines, mais comme leur objet de prédilection. L’auteur consacre en définitive la revanche de Freud et Canguilhem sur Comte puisque c’est du côté d’une articulation entre le vital, le mental et le social (et non dans l’occultation des deux premières instances au profit de la troisième) qu’il faut rechercher le socle des discours sur l’homme.
M. F.
Vrin, 2005
288 p. 28 €