Les Temps modernes, n° 699


La livraison estivale des Temps modernes est la dernière sous la direction de Claude Lanzmann. En ouverture, la rédaction rend hommage à celui qui était animé par une «  perpétuelle révolte contre la mort  » : «  Que ferons-nous sans lui ? Ferons-nous sans lui ?  » On le souhaite, à lire les remarquables articles publiés dans ce numéro. Nancy Fraser y explore «  l’antre secret de la production  » et met au jour les trois conditions non ­économiques du système capitaliste : la reproduction sociale, l’écologie de la planète et le pouvoir politique. Elle souligne la transformation historique néolibérale, qui reconfigure la hiérarchie des genres en exigeant la réduction du secteur public et l’emploi des femmes dans les services à bas salaires, qui marchandise la nature et sa préservation, et qui évide les capacités politiques de l’État et des institutions internationales. L’imbrication de ­l’exploitation du travail avec l’oppression de genre, la domination politique et la dégradation écologique révèle ainsi «  un fort potentiel critique  ». Un ensemble ­d’interventions de Theodor Adorno sur le mouvement étudiant en Allemagne dans les années 1967-1969 montre que le théoricien critique met en garde contre «  la tendance à grignoter  » sur les principes fondamentaux de la démocratie (notamment l’état ­d’urgence et la détention préventive), exclut le recours à la violence, sauf «  devant un fascisme réel  » et considère qu’«  une théorie est bien plus capable d’avoir des effets pratiques par la force de sa propre objectivité que si elle se soumet d’entrée de jeu à la pratique  ». On peut également lire dans ce numéro un article de Christine Fauré sur Arendt et la démocratie directe, un long éloge de la sacralité politique par Marc Weinstein, et un reportage sur le véganisme en Israël, dont l’un des ressorts est que «  les poulets ne portent pas de ceintures d’explosifs  ».

 

Gallimard, 2018
1 p. 22 €