OPÉRATION BANLIEUE.
Comment l’État prépare la guerre dans les cités françaises
Il y a deux livres en un. Un premier ouvrage, celui qui fait le titre, survalorise le scénario d’une occupation militaire des banlieues : s’appuyant sur le Livre blanc de la Défense, sur les activités du centre d’entraînement de Saint-Astier et sur la lutte antiterroriste qui croise politique extérieure et politique intérieure (les voyages de C. Guéant et J. D. Lévitte au Moyen-Orient), il accrédite une thèse à l’irlandaise (l’armée britannique contre l’Ira) que l’auteur lui-même relativise en dépit de la brutalité de la situation (« À l’heure où j’écris ces lignes (l’été 2010), le “scénario de l’inacceptable” relève encore de l’imaginaire mais pas de l’invraisemblable »). Si la relégation des banlieues ne permet pas de parler de guerre civile mais plutôt de ghettos, de territoires minés et cassés de l’intérieur, la politique de sécurité est un état de fait dont témoigne le Grand Paris de la sécurité (une seule et même police pour trois départements et la ville-centre) et les échecs successifs de la politique de la ville (voir l’article de Jacques Donzelot dans Esprit de mars-avril 2010) et d’Espoirs banlieues qui fut le fer de lance de la politique de Fadela Amara. Reste que le second livre, celui où l’enquêteur s’aventure aux Mureaux, à Nice, à Meaux (chez J.-F. Copé) montre qu’il n’y a pas « Une » banlieue mais des banlieues où l’action des maires n’est jamais indifférente (voir l’action de Claude Dilain, le maire de Clichy-sous-Bois par exemple). Vu le peu de travaux, d’études et de monographies (hormis Luc Bronner, Didier Lapeyronnie, Michel Kokoreff…), on ne peut que saluer l’auteur dont le livre militant rappelle qu’il serait bien de parler un peu plus des banlieues. Car, là encore, les habitants « oubliés » sont aux abonnés absents et ne mettent pas toujours leur bulletin de vote là où on les attend.
O. M.