Zouc par Zouc

L’entretien avec Hervé Guibert


Rares sont ceux qui ont eu l’occasion de
voir Zouc, cette comique, obèse et habillée
de noir, dont on disait qu’elle jouait à
« faire la folle », dans l’un des cafésthéâtres
de Paris ou de Genève où elle se
mettait en scène au début des années 1970.
Et peut-être encore moins nombreux sont
ceux qui se souviennent de cet entretien
avec l’écrivain Hervé Guibert (dont il ne
reste que les propos de Zouc) publié en
1978. Grâce au climat de confiance établi
entre eux deux, elle parle d’elle (« Je ne
sais pas très bien où le ridicule commence
ou pas, je ne me pose pas ce genre de problème.
Quand je cause avec autrui, je suis
l’autre, je ne vois que l’autre. C’est pour ça
que j’ai un problème avec la solitude :
quand je suis seule, j’ai tendance à aller de
temps en temps devant le miroir pour voir
qui est avec moi »), de son éducation (« Je
sentais le danger de s’imbiber d’idées qu’on
n’avait pas ressenties. Et j’avais un secret
qu’on ne pouvait pas me prendre : je
connaissais ce qu’il y avait derrière les
apparences chez les gens »), de l’école
(« Au départ, on m’avait blessée. Comme je
n’étais pas une petite fille adorable et studieuse,
il n’y avait qu’une solution pour ne
pas ramper au pied du mur : faire rire systématiquement
tout le monde à l’insu du
prof. Quand j’étais mise à la porte, je continuais
à faire rire la classe de derrière la
porte »), des hôpitaux et des asiles (« À
force de me traîner dans les hôpitaux et les
asiles psychiatriques, d’écouter parler les
médecins et les malades, j’ai très vite réussi
à dresser mon état clinique. Je ne suis
quand même pas qu’une obèse qui a besoin
d’être aimée »), de ses personnages (« Ce
n’est pas moi qui choisis mes personnages
ce sont eux qui me choisissent dans la
mesure où j’y pense, ou pas. Je ne cherche
pas à en faire des sketches : soit ils me fascinent,
soit je ne les comprends pas. J’y
pense beaucoup, ils sont là, je vis avec
eux »). À entendre Zouc qui faisait rire si
bien de la folie, on comprend qu’un artiste
joue avec sa folie, avec son corps et qu’il
est impitoyablement sur le fil. Comment
passer l’un dans l’autre ? Une comédienne
s’est risquée récemment à jouer Zouc. Signe
que Zouc est toujours là, que sa folie parle
à la nôtre. Et qu’elle fait même rire.
O. M.

L'Arbalète / Gallimard, 2006
64 p. 11,90 €