Christianisme et eschatologie

Dieu vivant. 1945-1955


Le 5 mars 1945 eut lieu à Paris une discussion célèbre «  sur le péché  », à laquelle participèrent entre autres A. Camus, J.-P. Sartre, S. de Beauvoir, M. Merleau-Ponty, A. Adamov, M. Blanchot, J. Paulhan, G. Bataille, le père Daniélou, M. de Gandillac, P. Klossowski, P. Leiris, L. Massignon, J. Madaule, G. Marcel… L’historiographie n’ignore pas l’existence de cette réunion improbable, rendue possible sans doute par la guerre en train de se terminer. Il n’y en aura jamais plus d’équivalente. L’«  organisateur  » était la revue Dieu vivant, qui venait d’être fondée par Louis Massignon, Maurice de Gandillac et Marcel Moré. La réunion se tint chez ce dernier – le vrai fondateur –, quai de la Mégisserie. Comment est né, s’est développé, a disparu «  l’un des organes mythiques de la scène intellectuelle de la scène intellectuelle et religieuse française des années 1945-1955  » ? Tel est l’objet de ce livre d’historiographie savante mais passionnante. Qu’il suffise de dire ici que Moré avait souvent écrit dans Esprit avant la guerre (26 contributions), en particulier sur Marx et le marxisme, qui le passionnaient alors. Et que Dieu vivant, dont le père Jean Daniélou sera l’autre grand animateur, ne s’engagea pas dans le «  christianisme d’incarnation  » qui était celui d’Esprit (et qui préparait le concile Vatican II). Née de la guerre pour ainsi dire, la revue Dieu vivant se fait l’écho du sentiment d’apocalypse et de «  fin des temps  » du moment, et de sa signification religieuse. Pendant ses dix années d’existence, la revue œcuménique publiera des textes d’un grand nombre de théologiens, philosophes et écrivains prestigieux. Les «  athées  » s’éloignent assez vite et, semble-t-il, la revue s’arrête en 1955 parce que Moré aussi est passé à l’incroyance.

J.-L. S.

CLD, Essai d'histoire, 2015
184 p. 18 €