CRIMES


Cet ouvrage, composé de onze nouvelles relatant des affaires criminelles qui ont eu lieu récemment en Allemagne, est écrit par un avocat qui exerce au barreau de Berlin depuis 1994. Ces affaires, souvent monstrueuses (beaucoup de corps découpés  !), ne sont pas un voyage obscène et voyeuriste dans l’horreur  : l’écriture − un travail d’huissier − d’autant plus froide qu’elle est précise dans la relation des faits met en scène des paradoxes. Ceux qui tiennent à l’exercice de l’enquête policière et de la justice (un tribunal peut donner raison à un assassin qui n’avait pas l’intention de tuer, un criminel peut se jouer de la légitime défense, un détail peut tout changer comme dans «   Changement d’heure   »). Mais surtout ceux qui tiennent aux sentiments humains, à l’image de cet homme qui a promis à sa femme le respect, qui ne peut pas la quitter alors qu’elle est devenue infernale, et finit par la découper en morceaux («   Les pommes   »). Les affaires liées au trop grand amour ou à son absence sont les plus nombreuses (voir «   Le violoncelle   » sur un père incapable d’accorder la moindre affection à ses enfants). Ce sont ces retournements (de sentiments ou de procédures) que cette écriture glacée fait ressortir, laissant affleurer le tragique humain. Mais une autre qualité de l’ouvrage réside dans sa contemporanéité berlinoise  : cette galerie de portraits fait coexister aussi bien des hommes d’affaires, le monde des grandes familles et des jeunes issus de l’immigration turque qu’un mafieux japonais («   Karim   », «   La tasse de thé de Tanata   »). Est-ce un hasard, si le livre se termine par l’histoire d’un homme issu de l’immigration qui réinvente sa vie en Éthiopie après avoir été accusé  ? Dans l’arène du crime, l’intervention d’un tiers (le juge mais aussi l’avocat) garde tout son sens. Cela serait-il quelque peu surréaliste  ? Le livre se clôt sur ces mots à la Magritte, «   Ceci n’est pas une pomme   », or il se trouve que les pommes reviennent dans plusieurs des séquences criminelles de ce livre.

O. M.



Gallimard, 2011
224 p. 17,50 €