Les héritiers du silence
Enfants d'appelés en Algérie
Dans le climat d’inflation mémorielle qui caractérise notre époque, les anciens « appelés d’Algérie » sont toujours restés en retrait. Alors que l’on s’apprête à commémorer (ou pas ?) le cinquantenaire du cessez-le-feu, L’historienne Florence Dosse donne la parole à leurs descendants, et aussi à leurs compagnes, tous affectés, sinon par leur silence total, du moins par une extrême difficulté à parler de cette guerre qui fut longtemps « sans nom ». L’auteure intègre son enquête dans une réflexion plus vaste sur les mémoires de la guerre (pieds-noirs, Algériens nationalistes, harkis, etc.). Les jeunes hommes qui ont effectué leur service militaire en Algérie, entre 1954 et 1962, ou qui y ont été rappelés ont-ils été victimes ou bourreaux ? Un demi-siècle après, l’interrogation persiste et rend difficile la transmission. Ils n’ont pourtant pas toujours été passifs. Ils se sont parfois révoltés, comme au printemps 1956 (mouvement d’insubordination des « rappelés », peu évoqué curieusement dans cette enquête) et ont joué un rôle décisif dans l’échec du « putsch des généraux » en avril 1961. Une fort utile contribution à la pathologie des maladies collectives franco-françaises et franco-maghrébines.
D. L.