TONY BLAIR 1997-2007. Le bilan des réformes


Après avoir rappelé les trois interprétations habituellement proposées des années Blair (modernisation du parti travailliste dans la continuité « travailliste » des gouvernements Attlee et Wilson ; renforcement d’un État fort et de l’économie de marché dans la continuité de Margaret Thatcher ; une troisième voie alternative aux modes d’action du vieux parti travailliste – old Labour – et des conservateurs), les auteurs mettent en avant une quatrième interprétation qui « insiste sur le caractère composite et original des années Blair » en évitant de se polariser sur la seule idéologie blairiste. « Le New Labour est un hybride de libéralisme économique inspiré par les réformes américaines, de l’héritage de la social-démocratie à l’anglaise, des politiques antilibérales au sens politique, et d’ouverture ou de démocratisation, le tout assaisonné d’un goût prononcé pour l’expérimentation. » Soulignant une inscription dans l’histoire, une volonté de transformation de la société britannique, une mobilisation de l’État (qui privilégie les rapports entre État, individu et communauté aux dépens des organisations et des corps intermédiaires), et un projet de société de middle classes (classes moyennes et supérieures) organisées autour du travail, des gagnants, de la consommation, les auteurs se focalisent ensuite sur le « business model britannique » (en opposition au modèle social européen ?), sur la révolution bureaucratique (à l’origine d’une privatisation des services publics) et sur la décentralisation (ou centralisation) des institutions avant de s’interroger sur le devenir du parti. Alors que ce dernier est devenu une organisation de campagne structurée comme une entreprise privée, le langage de l’égalité a disparu dans la poursuite d’un idéal de société « où tout le monde ne rencontre pas également le succès mais […] où tout le monde a une chance égale de “réussir” (dixit Tony Blair lui-même) ». Gageons que la comparaison avec la politique de Nicolas Sarkozy et une première prise en compte de l’action de Gordon Brown, le successeur de Blair, vaudraient la peine !
O. M.

Presses de Sciences-Po, 2007
192 p. 12 €