La Performance totale : nouvel esprit du capitalisme ?
Cet ouvrage fournit une critique argumentée des pratiques et discours managériaux axés sur la performance dans le secteur public. L’auteur montre bien, tout d’abord, que le recours à la notion de performance s’inscrit dans le contexte de la tertiarisation de l’économie et de la crise du compromis fordiste. Ces évolutions corrélées entraînent une crise des modes antérieurs d’objectivation du travail à laquelle le système capitaliste tente de répondre par une « mue du concept de productivité vers celui de performance ». Or la notion de performance et les dispositifs de quantification qui s’en réclament peuvent être critiqués d’un double point de vue, politique et épistémologique. La gestion publique par la performance, tout d’abord, peut s’analyser comme une tentative pour introduire les normes et valeurs du marché (individualisme et esprit de concurrence) dans des domaines où devraient régner la « logique de l’honneur » chère à Philippe d’Iribarne, l’esprit de coopération et le sens de l’intérêt général. Par ailleurs, d’un point de vue épistémologique, la volonté de mesurer une activité et ses résultats à travers quelques indicateurs ne fait pas droit à la complexité du réel et à la nécessaire pluralité des modes d’évaluation. Tout cela est bien étayé et peu contestable. Cependant, s’il est vrai que l’idéologie du chiffre et le néolibéralisme font bon ménage, les critiques adressées à l’une et à l’autre renvoient à des débats distincts qu’il convient de ne pas éluder. Du point de vue politique, on ne peut négliger le fait que les démarches de performance cherchent à porter remède aux excès du corporatisme et aux blocages qui en résultent. Solution peu probante, sans doute, mais la question de l’efficacité des services publics est bel et bien posée. Quant au versant épistémologique, les dérives d’une quantification mal pensée ne doivent pas masquer le fait que l’on manque souvent d’indicateurs simples qui permettraient d’objectiver certaines conséquences importantes de l’action publique (en matière d’impact écologique ou de qualité des transports publics, par exemple).
B. P.