Le garçon incassable


Pourquoi la narratrice est-elle partie à Los Angeles, la capitale du cinéma ? Pour suivre à la trace Buster Keaton, qui fut l’un des grands burlesques de l’âge d’or du cinéma muet. Mais, au fil de l’enquête, voilà que Buster (Buster veut dire « chute » en américain) devient le double de son frère Henri, un handicapé qui a vécu une enfance difficile et a été soumis à une violence paternelle incessante et insupportable. Ce qui l’a obligé à se cabrer, à se durcir, à ne pas plier devant l’adversité, bref à devenir un incassable. Et l’auteur de pousser le parallèle entre l’histoire difficile du comique burlesque (B. Keaton est un enfant du music-hall que son père Joe traîne comme une serpillière sur la scène) et la vie du frère handicapé. Et de rappeler que Buster a été une vedette tant qu’il a été le maître de ses productions et que ce burlesque muet n’a pas réussi à passer le cap du parlant. Une histoire qui n’est pas sans lien avec les surnoms de Buster, l’un de ces comiques qui a peur de rire : L’homme qui ne rit jamais, Visage de marbre, Tête de buis, Figure de cire, Frigo… La force du livre est de montrer que les grands comiques sont brûlés par une violence subie qui les oblige à se protéger des coups en tous genres. Buster n’arrête pas de fuir en avant alors que Chaplin tente, en perpétuel immigré, de pénétrer les intérieurs. Buster aime les trains (le Mécano de la General en témoigne), comme Henri, c’est un incassable, comme Henri quand il se heurte à son père. Voilà une comparaison intrigante et une manière de se raconter à travers un frère et une star « déchue » de cinéma qui est très originale. James Agee parlait ainsi du visage de Buster : « Il rivalise avec celui d’Abraham Lincoln : hiératique, fier, presque sublime, inoubliable. » À quoi il faut ajouter l’adjectif incassable…

O. M.

Éditions de l'Olivier , 2013
176 p. 16 €