MANIFESTE POUR UNE PHILOSOPHIE SOCIALE


Ce livre commence par rappeler que si la philosophie sociale naît en France, sous le patronage de Saint-Simon et d’Auguste Comte, elle s’est épanouie en Allemagne, avec Horkheimer, Adorno et, plus près de nous, Axel Honneth. Comment expliquer cette éclipse de la philosophie sociale dans l’horizon français ? Les concepts de « lutte pour la reconnaissance », de « réification » ou d’« aliénation » sont peu souvent convoqués par les philosophes français en raison de ce que l’auteur appelle « le retour de la philosophie politique » survenu à l’orée des années 1980. Si l’on peut discuter de la réduction de la philosophie politique à des considérations juridiques, le livre réussit à convaincre que les dualismes entre État et société ou économie et politique sont un obstacle à la conceptualisation du social. Retraçant les aléas de « l’invention du social », l’auteur fixe le programme d’une philosophie articulée aux conflits et aux résistances sociales, et dont le but est de « diagnostiquer ce qui ne va pas dans ce qui est ». Ce style de philosophie renvoie à une pensée située qui trouve son origine dans les expériences négatives du social. Les pages les plus intéressantes sont consacrées au rapport entre philosophie sociale et sociologie, dans un débat qui dépasse de loin les enjeux disciplinaires. La philosophie sociale défendue par l’auteur est clairement normative : même si elle fonde ses analyses sur un donné empirique, elle l’évalue selon les critères d’une « vie sociale réussie ». Le « social » lui-même (et la cohorte de ses institutions) devient un enjeu problématique pour une discipline réflexive qui s’interroge sur l’émergence des paradigmes à l’aide desquels les sciences humaines abordent le réel. Des références inattendues à Nietzsche et Heidegger, autant qu’à Marx, permettent d’illustrer ce point de vue critique sur le social qui se veut aussi une critique de la société.

M. F.

La Découverte, 2009
164 p. 16 €