PARCE QUE ÇA NOUS PLAÎT

L’invention de la jeunesse


F. Begaudeau a été remarqué par le public avec son roman Entre les murs (2006). Le film du même nom, adapté du livre, a obtenu la Palme d’or au festival de Cannes en 2008. Le jeune prof de collège talentueux – Begaudeau lui-même – qui réussit avec une classe de la diversité : que demander de plus ? J. Sorman est l’auteur de Boys, boys, boys, un roman présenté comme autobiographique (?), où elle défend les filles qui tiennent la dragée haute aux garçons, au lit et ailleurs. Tous deux sont devenus de ces écrivains people que divers médias de gauche et de droite – télévision, radio, et toute la palette de la presse – adulent et se font un devoir d’inviter et de chouchouter. Ils sont beaux, intelligents, riches probablement. Le problème : restent-ils jeunes ? Oui et non. Oui pour nous, les vieux, mais pas pour eux : bientôt quadragénaires, ils sentent (et verront bientôt dans leur miroir) que leur jeunesse s’envole irrésistiblement, mais s’y accrochent comme des morts-de-faim et le disent, dans un livre qui ne vaudrait pas une minute de peine s’il ne représentait la caricature de ce que le narcissisme « bobo » peut produire. Comme ils ne manquent pas d’empathie pour les jeunes, ils font certes assez bien saisir, d’une double plume lourde cependant, l’idiosyncrasie de la jeunesse et surtout de l’adolescence actuelle. Mais tout en se mettant eux-mêmes en scène et à l’abri de cautions intellectuelles (Nietzsche…), ils louent sans retenue tous les côtés anomiques (découvertes corporelles, fun – rires en bandes, humour, dérision –, mais aussi drogue, sexe, alcool, conduites suicidaires) des adolescents, où ils voient l’apogée de la « vie » (au sens d’un vitalisme), et fustigent les pères-la-morale de tout poil et la « haine structurelle des intellectuels » envers les jeunes (Badiou et Finkielkraut, dont l’alliance « objective » est confirmée depuis il est vrai, sont en bonne place dans leurs cibles). La bonne nouvelle de Begaudeau-Sorman, c’est que la jeunesse, ou plutôt l’adolescence, est le zénith indépassable de la vie, l’instant d’éternité solaire, forcément solaire. Alors que les 25 ans sont déjà des vieux pour ceux qui en ont 18, que voilà un constat encourageant ! Dans les mensonges d’une société sur elle-même, on fait difficilement mieux.

J.-L. S.

Larousse, 2010
265 p. 17 €