CARICATURER DIEU ? POUVOIRS ET DANGERS DE L’IMAGE


 Pour Sylvia Naef, qui a publié ce petit livre pédagogique bien avant la récente affaire des caricatures, il n’y a pas vraiment de question de l’image en islam. Si l’on trouve, dans les textes, des prises de position théologique marquant une méfiance envers les images, il ne faut pas tout ramener à ces dernières. « On pourrait dire que s’il y a eu une “multiplication” accélérée des images depuis deux siècles, liée principalement aux nouvelles technologies, la place de l’image dans la société n’a pas fondamentalement changé : exclue de l’usage religieux elle est admise dans le domaine profane. Plutôt que de parler d’une question de l’image, ne faudrait-il pas considérer que l’image a, en islam, des fonctions spécifiques, différentes de celles qu’elle a connues et connaît toujours dans le christianisme. » Auteur d’un remarquable Dieu dans l’art, François Bœspflug prend justement le parti d’une approche strictement comparatiste qui le conduit à consacrer des chapitres, d’une belle clarté, au statut de l’image en islam, dans le judaïsme et dans le christianisme. Si la question de l’image en islam se rapproche fortement de l’attitude du judaïsme, elle ne prend sa mesure qu’en comparaison avec le caractère iconophile du christianisme. « Au total, écrit l’auteur, on ne connaît d’image ni de Yahvé ni d’Allah et la prononciation de leurs noms respectifs reste aujourd’hui encore sous surveillance, tandis que les images de Dieu pullulent en christianisme, et que l’usage du nom de Dieu, dans les sociétés occidentales, s’est banalisé à l’extrême, jusqu’à désigner les choses de la religion en général ou, en France, les occupants du palais de l’Élysée. » Cherchant ainsi à réinscrire les querelles des images dans le long cours d’une histoire comparative des religions, François Bœspflug n’en attend pas moins des partisans effrénés de la liberté d’expression d’éviter de « s’affirmer pour s’affirmer ».
O. M.
Bayard, 2006
224 p. 13 €