Parler plusieurs langues

Le monde des bilingues


Que signifie être bilingue ? Comment le devient-on ? À l’heure de la mondialisation et dans un pays, la France, qui peine à accepter sa réalité multilingue et multiculturelle, le livre de François Grosjean fait utilement le point sur un certain nombre de débats. Et d’abord, opte pour une définition large du bilinguisme, à savoir le fait d’utiliser régulièrement plusieurs langues pour communiquer. Le bilingue ne parle pas forcément ses langues au même niveau, il ne les a pas forcément apprises dès la naissance, il ne les parle pas forcément sans accent. Le bilinguisme est dynamique, il est le reflet d’un parcours de vie : telle langue sera dominante pendant l’enfance, telle autre pendant la vie professionnelle. Le reflet, aussi, des situations, des interlocuteurs, des sujets de conversation (on parlera plus facilement d’un sujet donné dans une langue donnée – par exemple, si l’on est toujours allé à la mer avec sa famille italienne, on maîtrisera mieux le vocabulaire de la plage en italien…). François Grosjean revient également sur certaines idées reçues concernant le bilinguisme des enfants, qui serait dommageable à leur apprentissage de la langue du pays dans lequel ils vivent, et sur les différences sociales face à l’apprentissage de plusieurs langues : les classes sociales supérieures auront tendance à le considérer comme un atout, les immigrés d’origine modeste voudront avant tout que leurs enfants s’intègrent. Inégalités qui touchent également les langues elles-mêmes : un bilingue français-anglais sera considéré de manière positive, notamment par l’institution scolaire. On ne peut pas en dire autant d’un bilingue français-wolof ou français-arabe… Si la France valorise le bilinguisme en dehors de ses frontières, via la francophonie, il lui reste encore beaucoup à faire pour reconnaître la richesse des langues parlées sur son propre territoire.

A. B.

Albin Michel, 2015
240 p. 19 €