IRAN, LE CHOIX DES ARMES?
Ces deux courts ouvrages rédigés comme des avertissements par deux spécialistes chevronnés dessinent le paysage de la guerre au début d’un xxie siècle imprévisible. D’un côté, c’est la thèse de Roy depuis des années, les attentats du 11 septembre 2001 ont inauguré un monde où la menace est dé-territorialisée et la guerre a-symétrique et préventive. Mais l’impossible réponse américaine à une menace terroriste toujours imminente, à la fois prévisible et imprévisible, a consisté à tort en une « territorialisation » de la guerre en Irak, au risque d’exacerber les conflits violents au sein d’une même civilisation (chiites vs sunnites). D’un autre côté, la menace que représente la montée en force nationaliste du nucléaire iranien ne doit pas être considérée selon François Heisbourg avec légèreté. Loin d’entretenir un « discours de la guerre », ce dernier, qui a cautionné l’intervention au Kosovo mais pas celle en Irak (comme Esprit au demeurant), invite à la lucidité. Pour lui, les États-Unis n’exagèrent pas la menace comme ils l’ont fait en Irak, et ils ont tout à craindre des conséquences d’une manifestation de force vis-à-vis de l’Iran. Au terme d’une démonstration rigoureuse qui porte entre autres sur l’avenir de la prolifération nucléaire (alors que l’Iran est un pays fondateur du Traité de non-prolifération nucléaire, ce qui n’est pas le cas d’Israël, du Pakistan et de l’Inde), le président de l’Institut international d’études stratégiques de Londres – il a déjà publié en 2007 un essai sur la mondialisation qui met en cause l’idée du maintien de l’hyperpuissance américaine (Un monde épais, Paris, Stock) – écrit: « En tout état de cause, la question du recours américain à la force ne devra pas être traitée par les Européens de la même façon que l’hasardeuse entreprise des États-Unis. L’administration américaine, à quelques exceptions près, est aussi peu désireuse à s’engager contre l’Iran qu’elle était désireuse d’envahir l’Irak. Le renseignement américain n’a pas cherché à gonfler la menace nucléaire iranienne; au contraire les estimations américaines ont été généralement plus conservatrices que celles de la France ou du Royaume-Uni ou, a fortiori, d’Israël. » Tel est le double horizon « guerrier » des décennies incertaines et chaotiques à venir: une guerre symétrique perpétuelle, et l’éventualité de guerres liées à la montée en puissance (nucléaire) de pays émergents… qu’il serait temps de responsabiliser dans les institutions en charge de l’équilibre stratégique mondial. C’est pourquoi la volonté affichée par Nicolas Sarkozy de contourner l’Onu en compagnie des États-Unis, de la Grande-Bretagne (et d’autres?) n’est pas de bon augure.
O. M.