L’écart et l’entre.

Leçon inaugurale de la Chaire sur l’altérité


Comment saisir ce qu’une culture peut apprendre d’une autre ? Parler de « différence » ne suffit pas, car cela suppose acquise une identité, qui n’a rien d’évident. C’est pourquoi François ­Jullien avance deux autres notions : « l’écart » et « l’entre ». L’écart se distingue de la différence au moins sur trois points : « D’abord, l’écart ne donne pas à poser une identité de principe ni ne répond à un besoin identitaire ; mais il ouvre, en séparant les cultures et les pensées, un espace de réflexivité entre elles où se déploie la pensée. C’est, de ce fait, une figure, non de rangement, mais de dérangement, à vocation exploratoire : l’écart fait paraître les cultures et les pensées comme autant de fécondités. En quoi, enfin, nous dispensant d’avoir à poser – supposer – quelque a priori sur la nature de l’Homme, toujours idéologique, l’écart nous invite, en revanche, à ce que j’appellerai un auto-réfléchissement de l’humain. » C’est par un écart – un pas de côté – qu’une culture, par exemple, se découvre à partir d’une autre. Ici, c’est par l’écart chinois que François Jullien appréhende la pensée des Grecs. Mais l’écart, comme cheminement du connaître, met à nu « l’entre ». Ce dernier n’existe pas en soi, il sert de passage, il est le passage, ce qui est entre et fait entrer. Si son exemple sur le Grand Paris n’est guère convaincant, l’essentiel n’est pas là. Cette réflexion mérite l’expérimentation, elle déplace l’habituelle approche univoque, l’un et l’autre, l’un mesuré par l’autre, l’un pensé par l’autre, etc., et lui substitue une dialectique sans cadence qui construit le soi eu égard à l’autre.


Th. P.

Galilée, 2012
98 p. 15 €