Devenir citoyen

Essai de philosophie politique


Le projet, ambitieux, de cet ouvrage est de penser conjointement la souveraineté réelle et la finitude radicale du citoyen souverain, finitude d’une nature telle qu’il ne suffit pas de répandre les Lumières pour y mettre fin. Il reprend la conception antique liant la souveraineté que chacun exerce sur la cité à celle qu’il exerce sur soi, tout en refusant les illusions dont les humains tendent à être victimes quand ils croient se conduire eux-mêmes. Il ne s’agit pas d’accepter la sorte de mise en tutelle de l’individu qu’évoquait Rousseau, mais d’inviter chacun à se rendre capable d’être à la hauteur de ses responsabilités de citoyen, élément essentiel d’un idéal de souveraineté, de lui inspirer le goût de s’engager dans un chemin marqué par cet idéal.

C’est à une alliance de grandeur et d’humilité que François Monconduit nous convie. Il est plus grand d’affronter lucidement la vérité du monde, jusque dans ce qu’elle implique de finitude, en assumant la fragilité, l’incertain, que de se bercer de fantasmes de grandeur qui sont autant d’obstacles sur un chemin de vérité. Il s’agit d’une démarche de transformation intérieure, non sans rapports avec celle à travers laquelle l’artiste crée, démarche à travers laquelle la vie « prend sa substance et sa densité ». Dans cette perspective, le souci de l’autre, qui est au cœur de la responsabilité du citoyen, ne relève pas d’une soumission à un collectif sacralisé, mais d’une ouverture sur un insondable. Et l’égalité est une égalité de grandeur dans un chemin où chacun est invité, à l’égal de tout autre, à se construire comme citoyen.

Personne ne peut être contraint à entreprendre pareille démarche, pas même en lui assénant une démonstration devant laquelle sa raison devrait céder. Il est seulement possible d’essayer de faire pressentir les horizons qu’elle ouvre. François Monconduit s’y emploie. Il s’appuie pour cela sur ceux, tels Sénèque, Marc-Aurèle, Kierkegaard, Proust ou Patocka, dont on sent qu’ils ont été pour lui des guides dans la voie qu’il éclaire. La philosophie politique s’allie alors à la philosophie morale, à la poésie et à la spiritualité. Il n’y a là nul éclectisme mais au contraire, au-delà des frontières artificielles du savoir, une pensée fondamentale sur le problème le plus central que la modernité affronte aujourd’hui.

Philippe d’Iribarne

Bruylant, 2006