Les affects de la politique
Cet ouvrage présente la politique comme « un milieu essentiellement affectif », constitué par les effets qui suivent l’exercice de la puissance, selon les indications de Spinoza. Or les affects politiques sont modifiés par des images (et non des idées), en fonction de nos trajectoires biographiques et sociales (notre ingenium). Face au « détournement des colères par imaginations dévoyées », pratiqué par l’extrême droite, et face à « l’activisme passionnel » de l’État, dans la construction de la peur de la dette à coups d’abstraction par exemple, un discours contre-hégémonique peut bousculer « l’économie générale de la visibilité » : montrer le mépris des patrons d’Air France pour leurs salariés, la détresse des Grecs sous les diktats des créanciers… Alors seulement la multitude cède à cette « passion séditieuse » qu’est l’indignation, affect du scandaleux, de l’intolérable, de l’odieux. Alors elle sent sa puissance augmentée et trouve l’audace, l’espoir, le « désir de réagencer la vie commune ». En somme, pour que la multitude se soulève, il faut qu’elle lise.
J. C.