Comment écrivent les écrivains ? de Belinda Cannone


Au fil des pages d’un petit ouvrage au titre évocateur, Belinda Cannone, ancienne maîtresse de conférences en littérature comparée à l’université de Caen Normandie, romancière et essayiste, apporte un regard inédit sur la création littéraire. À la frontière entre témoignage et démarche sociologique, l’ouvrage s’appuie sur de nombreux entretiens réalisés avec une quinzaine d’auteurs contemporains (Nathalie Azoulai, Jean-Christophe Bailly, Miguel Bonnefoy, Emmanuel Carrère, François-Henri Désérable, Jean Echenoz, Jérôme Garcin, Cécile Guilbert, Lilia Hassaine, Marie-Hélène Lafon, Gérard Macé, Nicolas Mathieu, Marie Ndiaye, Maria Pourchet et Jean-Pierre Siméon). Il met en lumière leurs routines et leurs manies, qui s’avèrent étonnamment déterminantes dans la démarche d’écriture. L’inspiration jaillit dans le silence matinal, le brouhaha des cafés ou lors de balades équestres en forêt. Certains auteurs bâtissent un plan, tandis que d’autres avancent au gré des intuitions, comme un conducteur repère un paysage à la lueur des phares. Il y a des périodes de production intense – dites de « flambée » – et, en même temps, une vertu indéniable à la régularité. Le bureau, objet emblématique, est loin de faire consensus : « Il y a des livres que j’ai écrits sans sortir de mon lit », confesse Nathalie Azoulai. Beaucoup noircissent des carnets, pour fixer leurs idées fugitives et calmer une sorte d’angoisse existentielle. Mais l’écriture nourrit également une inquiétude, celle de ne pas parvenir à commencer ou achever son travail. Au fond, ce qui est facile n’est pas intéressant. « J’ai découvert tardivement le plaisir de travailler beaucoup ; mais en réalité c’est ce que j’aime le plus », glisse Emmanuel Carrère. Ainsi, ce mélange de joie et d’ascèse caractérise l’art d’écrire. Et le lecteur néophyte prend conscience à la fois de la beauté et de l’exigence inhérente à toute littérature. Pour oser écrire, conseille l’autrice, il faut avant tout foncer tête baissée, poussé par la nécessité intérieure, et prendre le risque fou de se lancer.

Thierry Marchaisse, 2025
208 p. 20 €