Paul Morand, un évadé permanent


La bibliothèque familiale avait ses méfiances : « Morand ? Pas clair (politiquement…) Belle plume. Un styliste. Ça s’essaie… » Je l’ai lu plus tard. Pas de vraie passion. Un intérêt de biais pour un style en effet « riche comme Crésus et simple comme bonjour » (Cocteau, évidemment). G. Jardin visite un univers à ses derniers feux. Nous le suivons avec joie. Morand fut son parrain. Le « Quai » et les ambassades lièrent Paul à Jean Jardin, jusqu’aux clivages de la Résistance. Le chapitre « La politique et l’Histoire » raconte les hésitations coupables de Morand, influencé par sa femme adorée, une Gréco-Roumaine mauvaise conseillère. L’appartement avenue Charles Floquet à Paris, le château de Vevey en Suisse, sont le décor stable et cocasse des vagabondages. Steamers, trains, avions, hôtels, jupons, décapotables et siestes font une œuvre qui « chante le De Profondis d’une Europe à laquelle la Première Guerre et la Révolution russe ont donné le coup de grâce » (Marcel Schneider). Ces belles pages amicales et lucides ne cherchent pas à gommer l’égoïste bien élevé, le gaillard vivant mais misogyne, l’ami sincère mais peu « attachant », que fut Morand. Grasset réédite aussi Rien que la terre, et Rococo, recueils de nouvelles dont l’écriture étincelle.
P. Ma.
Grasset, 2006
146 p. 14 €