Radicalisons-nous !

La politique par la racine. Préface de Jean-Pierre Raffin


L’Enracinement, livre posthume de Simone Weil publié par Albert Camus en 1949, fait partie des livres les plus cités de nos jours. Il est aussi très présent dans ce petit essai vivement mené, qui veut réhabiliter la vraie radicalité – protestation active contre le désordre (établi) du monde – contre sa caricature ou sa falsification : l’extrémisme violent et pervers (celui des djihadistes qui partent en Irak et en Syrie et qu’on veut « déradicaliser »). L’auteur, Gaultier Bès, cofondateur de Limite, « revue d’écologie intégrale », lutte pour la décroissance. Pour lui, de l’authentique radicalité les racines végétales (vivantes) fournissent la meilleure métaphore, filée tout au long avec une indéniable profondeur sur le fond et un réel sens de la formule acérée. Contre le monde artificiel et superficiel, Bès le décroissant avance un ensemble de réflexions engagées sur l’« enracinement pour résister à la liquidation de tout ce qui demeure »et sur la « radicalité pour empêcher la pétrification de tout ce qui évolue » : « chacune de ces deux vertus politiques équilibre l’autre ». Le tout non sans quelque catastrophisme. Outre Simone Weil, sont cités avec faveur par Bès, sans surprise, Jean-Claude Michéa, Zigmunt Bauman, George Orwell, Claude Lévi-Strauss…, tandis qu’Emmanuel Macron représente tout ce qui lui répugne. Dont acte. Mais on ne peut s’empêcher de penser au second tour de la présidentielle : quel a été le choix de Gaultier Bès ? La faiblesse de son livre est de laisser penser qu’il n’y a point de salut hors de la seule « vraie » radicalité : la sienne.

Jean-Louis Schlegel

Première Partie, 2017
127 p. 7 €