Petit journal de bord des frontières


 

 

 

Journaliste et écrivain travaillant en Grèce, originaire d’Albanie qu’il a quittée clandestinement, fuyant la dictature d’Enver Hodja, l'auteur nous livre un récit savoureux de la vie sous le régime communiste et des péripéties qui ont entouré son arrivée en Grèce, en 1991. Kapllani choisit d’entremêler deux voix : un récit à la première personne, nourri de détails autobiographiques, entrecoupé de pages réflexives plus brèves, incisives et souvent graves, où il analyse ce qu’est le statut d’immigré, les humiliations et la lutte permanente pour croire en l’humain, quel que soit le pays, mais tout particulièrement en Grèce où la xénophobie affleure et s'affirme à l'occasion de la crise. Le livre aborde ces réalités avec une distance et un humour conférant sa force à la réflexion sur l’émigré/immigré, un être de nulle part dont la seule chance est de se créer de nouvelles racines sans renier son passé. Il part des frontières claquemurant l’Albanie d’Hodja pour évoquer celles que l’Europe a érigées, celles que nous avons intériorisées, celles qui ont forgé une unité territoriale, celles de l’identité qui découle du fait d’être né quelque part et qui participe à la construction de notre identité personnelle. Il nous tend un miroir, sans complaisance ni apitoiement, où se réfléchissent ces interrogations pour que nous sachions décentrer notre regard et reconnaître que « quel que soit le côté de la frontière où nous nous trouvons, nous sommes tous des émigrés en ce monde… avec un permis de séjour temporaire sur cette terre ».

M. R.

 

 

 

 

Editions Intervalles, 2012
170 p. 19 €