Heidegger et la langue allemande


Germaniste et remarquable traducteur, Georges-Arthur Goldschmidt s’attaque avec cet ouvrage au philosophe certainement le plus controversé du xxe siècle, Martin Heidegger. Pour l’auteur d’Être et Temps, la langue allemande, plus que la langue française, est philosophique. Luther et Fichte s’enthousiasmaient déjà que le mot Deutschland signifie « le pays du peuple », assurant à la germanité une unité ethnico-linguistique. Georges-Arthur Goldschmidt analyse les « repères spatiaux » et les innombrables néologismes de la langue de Heidegger. Il en conclut que ce dernier a été le collaborateur zélé de l’élaboration d’une langue nazie. Il manque toutefois de convaincre le lecteur non germaniste, qui ne trouve pas de pensée nazie, mais une pensée pensante, dans les traductions disponibles, sans pour autant exonérer Heidegger de toute proximité avec le régime national-socialiste. Georges-Arthur Goldschmidt commente les propos de Hans-Georg Gadamer, Hugo Ott, Annemarie Gethmann-Siefert sur la langue de Heidegger et cite Thomas Mann, qui dénonce son « jargon philosophique ». « Il est certain que son immense retentissement qui correspond à l’immensité de sa pensée vient aussi des questions que pose son adhésion au crime absolu, comme si sa pensée en était l’ombre. Que peut désormais signifier le philosophique après un tel engagement, ne fût-ce que sur le plan de la langue employée ? » C’est à cette question qu’il convient désormais de répondre.

Th. P.

CNRS Éditions, 2016
240 p. 20 €