Baudelaire

Suivi de Résumés des cours au Collège de France, 1965-1977


Pour ce savant lecteur de Baudelaire qui écrit avant les années structuralistes et rappelle les études de Georges Poulet ou de Jean-Pierre Richard, sinon l’admirable Baudelaire de Pierre Emmanuel, Baudelaire est peut-être d’abord un penseur dont la force poétique n’est pas dénuée de force abstraite. Le même Baudelaire qui affirme : « J’ai un esprit philosophique qui me fait voir clairement ce qui est vrai », déclare dans Fusées : « L’enthousiasme qui s’applique à tout autre chose que les abstractions est un signe de faiblesse et de maladie. » Cette volonté poétique d’abstraction, Georges Blin tente de l’expliquer en cherchant l’enchaînement nécessaire de la pensée de Baudelaire qui se présente selon lui comme un drame philosophique en trois temps : la négation, l’aspiration à la définition d’un bien positif, la participation à un Autre infini. Un drame scandé à chaque fois par le goût de l’infini : se heurtant d’abord aux limites de la finitude, le poète tente de les dépasser dans le monde fini en fuyant les barrières avant de chercher la participation mystique dans un monde infini. De même que le poète « repousse la mesure humaine par excès d’orgueil, la Participation ne parviendra pas à sauver le Trop-humain ». La participation est un échec puisque le Dieu est incommunicable : « On se rappelle la phrase de l’Art romantique qui montre la “femme incommunicable comme Dieu, avec cette différence que l’infini ne se communique pas parce qu’il aveuglerait et écraserait le fini…”. Mais le tort est de placer l’infini en avant, au lieu d’en faire la source possible que la créature convertit en acte. » Baudelaire écrit durant ces années cruciales où « la valeur de la valeur » n’est plus atteignable ni tangible, où les Référents se fragilisent selon Mallarmé tant sur les plans religieux (Dieu) qu’économique (l’or) ou esthétique (le Beau). Une époque où il faut déjà penser beaucoup car il n’est justement plus évident de « voir clairement ce qui est vrai », ce qui est l’entreprise même de Baudelaire. On regrettera l’absence d’une note éditoriale permettant de mieux connaître Georges Blin, juste présenté comme professeur émérite au Collège de France (dont de nombreux résumés de cours portant sur Baudelaire sont publiés en annexe).

O. M.

Gallimard, Les cahiers de la NRF, 2011
272 p. 26 €