Mes ego-histoires

Préface de Pierre Nora, postface de Patrick Boucheron


Un historien peut-il raconter son histoire ? Georges Duby prend cette question à bras-le-corps avec ses « ego-histoires », publiées de manière posthume par Patrick Boucheron et Jacques Dalarun (qui font également paraître, toujours chez Gallimard, un ouvrage collectif, Georges Duby. Portrait de l’historien en ses archives). Pour éviter les pièges de la mémoire et ne pas succomber à l’hagiographie, Georges Duby choisit de mettre le hasard au centre de ses récits. Le livre donne à voir la genèse de cette « auto-histoire ». Ainsi, deux versions du même récit sont présentées. Dans la première, l’historien se raconte à la troisième personne, mais l’effet de dépersonnalisation produit ne parvient pas à garantir l’objectivité souhaitée. La seconde, à la première personne, rend à la vie un monde universitaire figé par la guerre et restitue l’enthousiasme propre aux Trente Glorieuses. Plutôt que de se mettre en scène, Duby tisse son parcours individuel dans la trame d’une histoire collective. Au sein même du récit, il évoque les méandres de sa construction et les hésitations inhérentes à ce projet ambitieux. Le remarquable travail d’édition permet de mettre en perspective ces tentatives d’« ego-histoires » avec leur contexte historique. Georges Duby est non seulement un excellent médiéviste, mais aussi un écrivain. Si la postérité s’en est aperçue, ces esquisses autobiographiques en sont la preuve.

P. P.

Gallimard, Blanche, 2015
160 p. 12,50 €