Vers un nouvel ordre du monde


Fidèle à une manière d’observer la planète qui est la sienne depuis Mythes révolutionnaires du tiers monde (Le Seuil, 1979), toujours soucieux des cartes, des atlas et de la géographie, Gérard Chaliand, accompagné ici par Michel Jan qui a rédigé le chapitre sur la Chine, ne se satisfait pas de la présentation convenue de la géopolitique planétaire qui voit dans la chute du mur de Berlin en 1989 le grand tournant historique à l’origine du décentrement progressif de l’Europe. Selon lui, la révolution khomeiniste de 1979 (qui débute quatre ans après le début de la guerre du Liban au Proche-Orient), la réforme économique amorcée par Deng Xiaoping en Chine et le deuxième choc pétrolier ont été en amont les déclencheurs des mutations en cours. Si les pays émergents ne sont pas plus une fiction que la démographie chinoise, les auteurs n’en tirent pas de conclusion hâtive sur leur avenir. « Au total, l’idéologie du xixe siècle qui a le mieux traversé le xxe siècle paraît bien être le nationalisme, souvent véhiculé aujourd’hui sous un masque religieux. Les acteurs non étatiques se sont multipliés, au premier rang desquels les réseaux de la drogue, beaucoup plus importants dans leurs effets que le phénomène terroriste. » Vue par nos deux auteurs, l’histoire est incertaine et part dans des directions diverses : d’où une lecture très politique et soucieuse de l’événement, la volonté de saisir des changements structurels tout en affirmant que tout peut basculer dans beaucoup d’endroits en raison des éclats de violence. L’Égypte en est le témoignage quotidien.

O. M.

Le Seuil, 2013
320 p. 20 €