Le Regard et le pouvoir
Dans le sillage de ses précédents ouvrages (voir surtout son Histoire de l’autorité) et des travaux du sociologue et pénaliste suédois Thomas Mathieusen sur le synoptisme, Gérard Leclerc propose de saisir l’évolution des rapports entre le regard et le pouvoir. Au fil d’une approche historique, il se distingue doublement des thèses de Michel Foucault. Il souligne d’abord que le regard panoptique concerne moins des dispositifs microsociaux (l’institution pénale par exemple) que la société dans son ensemble dès lors qu’interviennent des systèmes de surveillance fondés sur les technologies de la vidéo, et des caméras en circuit fermé. Ensuite, il insiste sur le rôle du synoptisme, à savoir la situation inverse du panoptisme puisque dans ce cas c’est la majorité (l’ensemble de la population) qui regarde une minorité au pouvoir. Après cette dialectique du panoptisme et du synoptisme, l’auteur met en avant le rôle de l’individu « regardant » afin de rejeter l’idée d’un contrôle total du Pouvoir. Selon que l’on minore ou majore l’idée de synoptisme, il apparaît que la question de l’individu, ce qui n’est pas sans évoquer le libéral-autoritarisme de Zygmunt Bauman qui se démarque de la thèse du contrôle généralisé, joue un rôle crucial et spécifique. « Dans le panoptique, le regard est une forme de prise de possession et de pouvoir. Dans le synoptisme, même si le regard se laisse fasciner, aliéner et déposséder, il constitue aussi une forme de communication avec le monde, qui empêche de le réduire aux fonctions qui sont les siennes dans la pensée de Sartre et Foucault. Pour Merleau-Ponty, le regard est présence au monde, communion avec le monde et les autres. Le regard est un être-au-monde et un-être-pour autrui qui ne saurait se réduire à l’exercice d’un pouvoir, ou à la passivité de l’être-vu-et-dominé. Le regard comme l’être regardé fait de tout individu le centre du monde. » Du panoptisme au synoptisme puis au regard de l’individu, l’ouvrage renverse la thèse habituelle sur le panoptisme.
O. M.
O. M.