COMBATS DE GUERRE ET DE PAIX
Le volume de la collection « Opus », qui ne regroupe pas la totalité des textes de Germaine Tillion (ni le Harem et les cousins, ni Ravensbrück), reprend des textes difficiles d’accès : l’ensemble de ses interventions publiques qui vont de 1941 à 2000, L’Afrique bascule vers l’avenir qui se compose de deux textes (l’Algérie en 1954 rédigé en 1999, et l’Algérie en 1956 qui date de 1956, un ouvrage à propos duquel Albert Camus a pu écrire : « Je n’ai jamais pu lire un livre concernant la tragédie algérienne sans éprouver un sentiment d’irréalité, d’inconfort et souvent même de colère. Un livre seul – celui de Germaine Tillion – m’a semblé dès le premier abord vrai, juste et constructif. Germaine Tillion sait de quoi elle parle »), et les Ennemis complémentaires, un ouvrage sur la guerre d’Algérie dont la troisième partie est rendue publique pour la première fois. Un volume publié parallèlement reprend des témoignages, des interventions et des études consacrés à Germaine Tillion (un grand nombre de ces écrits sont repris du numéro qu’Esprit lui a consacré en février 2000). Ce qui permet de faire le lien entre des textes politiques, le plus souvent liés à l’Algérie, d’une grande lucidité, ses engagements concernant aussi bien les camps soviétiques que le nazisme, et sa pratique ethnologique qui avait déjà été à l’origine de son ouvrage sur Ravensbrück, le camp où elle était prisonnière durant la deuxième guerre. Personnage exemplaire, Germaine Tillion qui vient de fêter ses 100 ans en 2007 a le regard décapant, lucide et ferme de celle qui pense toujours des identités « complémentaires » au sens où, en dépit de la guerre, il faut traduire des expériences violentes et étrangères les unes aux autres. Que ce soit l’expérience de celui qui est mon ennemi dans le cas de l’Algérie, mais aussi l’expérience de celui qui subit le crime dans le cas du nazisme et du camp de Ravensbrück. Encore ne faut-il pas oublier le combat permanent, indissociable de ses premiers travaux ethnographiques chez les Touaregs, pour la reconnaissance, ici et là-bas, de l’autre sexe.
O. M.
O. M.