Le nom de Lyon
Alors que la ville de Lyon, devenue une métropole à part entière, connaît des mutations politiques inédites et se transforme même à l’occasion en un projet smart city au rythme des nouveaux moyens de transport et de la transformation de quartiers comme Lyon-Confluence, cet ouvrage rappelle que Lyon demeure avant tout un « nom propre » grâce auquel chaque habitant, si mobile soit-il, forme des phrases et décline des textes. Mais le Lyon « émergent » restera-t-il une ville habitée ou une ville qui offre des images attractives au reste du monde ? Le récit lyonnais de Gilbert Vaudey apporte un semblant de réponse : celui-ci se raconte à travers « sa » ville comme Pierre Mayol l’avait fait à travers « sa » Croix-Rousse dans l’Invention du quotidien, et il rappelle ainsi qu’il n’y a pas de ville sans durée (l’expression de « ville durable » est un pléonasme), sans histoire et sans géographie mais aussi que la ville visible recouvre les sédiments multiples de la ville invisible. Dans le sillage, il faut oser le dire, de la Forme d’une ville de Julien Gracq, qui raconte la Nantes de l’écrivain, Vaudey, qui a longtemps enseigné au lycée du Parc à Lyon, écrit dans un style limpide un Lyon qui relève à la fois du roman d’apprentissage, du palimpseste et de l’hypertexte, un Lyon qui n’a rien à voir avec les cartes postales et les publicités des agences immobilières. Une réussite qui confirme l’existence d’une écriture urbaine qui n’est pas nostalgique et ne cultive pas « la beauté du mort », à savoir la ville rêvée d’hier. Et pour cause, la ville relève du mental : « Je marchais dans Lyon comme j’aurais marché à l’intérieur de ma tête. »
O. M.