COURTS-CIRCUITS
Auteur d’un ouvrage de référence sur le land art, Gilles Tiberghien est un philosophe qui ne se satisfait ni de l’histoire de la philosophie ni de l’histoire de l’art telles qu’on les enseigne. Il s’amuse, à l’image de l’artiste qui peint un pan de rochers sur un versant de montagne, à prendre des questions qui ne sont pas trop rationnelles (la question de l’humour qui intervient dans les débats sur la fin de l’art, la question du jeu de mots chez Freud), s’attarde sur des métaphores comme celle des crustacés chez Sartre, revient sur les figures d’Emerson et de John Dewey indissociables d’une pensée « démocratique », et propose enfin de réfléchir à la « variation » spinoziste sur le dégoût (« Contre le retour des forces réactives, contre le triomphe des passions tristes, il faut multiplier les occasions de joie, il faut savoir éprouver le dégoût salutaire qui permet d’activer les pièges du ressentiment et le dédale des aversions »). Qu’est-ce que l’on goûte et qu’est-ce que l’on ne goûte pas ? Et en quoi le dégoût peut-il être salutaire et ne pas relever seulement du mauvais goût ? C’est parler autrement que la philosophie habituelle du dégoût, du monstrueux et du sublime.
O. M.
O. M.