Du centre et de la périphérie. Au carrefour d’italophonie et francophonie
Giovanni Agresti est un jeune socio-linguiste italien, professeur à l’université de Teramo, spécialiste des droits linguistiques et des langues romanes. Homme de terrain, il a régulièrement parcouru les aires de ses études pour s’intéresser à l’articulation entre les langues, leurs locuteurs et leur environnement juridique et naturel. Le thème central et novateur de son nouvel ouvrage, par-delà des développements passionnants consacrés aux aménagements linguistiques et au destin de l’Occitan, est l’articulation entre la langue et son « paysage ». L’auteur souligne la nécessité d’inventer un modèle de développement durable, qui associe la protection et la valorisation des « paysages » à celle des aires sociolinguistiques : « Protéger une langue devrait revenir moins à protéger un objet culturel cristallisé qu’une manière d’être au monde, un style de vie, des attaches familiales et plus largement territoriales. » En France, comme en Italie, les zones protégées par le droit (les Parcs naturels nationaux et régionaux notamment) coïncident souvent avec des aires linguistiques « minoritaires » (le parc du Mercantour et l’Occitanie, par exemple). L’auteur soutient que patrimoine matériel et patrimoine immatériel sont intimement liés et plaide, de façon convaincante, pour une articulation juridique entre les deux champs, protection des espaces naturels et protection des langues minoritaires. Comme l’écrit Henri Giordan dans sa préface à l’ouvrage : « Il ne s’agit pas seulement de mettre en place des mesures pour conserver une mémoire. Il s’agit, dans une dynamique d’avenir, d’utiliser cette mémoire pour inventer des ressources nouvelles. » L’ouvrage contribue de manière significative à la vision émergente d’une insertion raisonnable de l’espèce humaine dans son environnement naturel.
Yves Plasseraud