UNE VIE SUR SCÈNE.

Jean-Louis Barrault


La disparition de Laurent Terzieff, dont parle Alfred Simon dans ce numéro (quand Terzieff joue avec Alain Cuny dans Tête d’or de Claudel en 1959 sous la direction de Barrault en 1959, c’est le premier spectacle monté par celui-ci à l’Odéon), a endeuillé le monde d’un théâtre d’autant plus valorisé qu’il a disparu. Dans ce contexte, la réédition des entretiens radiophoniques (enregistrés en 1980) de Jean-Louis Barrault avec le critique dramatique Guy Dumur est un véritable plaisir. Comme le disent Denis Guénoun et Karine Le Bail dans leur préface, on découvre d’abord ce qui fait l’originalité de Barrault par rapport aux autres grands noms du théâtre de l’avant et de l’après-guerre (Jouvet, Vilar, Vitez…). Si Barrault a écrit, mis en scène et enseigné, ce n’est pas ces activités qui le caractérisent en tant que tel. « Alors ? Qu’est-ce qui fait de Barrault un jalon essentiel de notre théâtre ? C’est en tant qu’acteur que Barrault entre dans notre histoire. Mais de façon toute particulière. Il n’y est pas seulement un des grands comédiens de son temps, Barrault est un acteur qui construit une histoire collective : comme chef de troupe, directeur de théâtre, metteur en scène et, à l’occasion, écrivain de théâtre. Seulement il dirige les équipes, intervient dans l’histoire, pilote les maisons, pense les écrits en tant qu’acteur. » Plus que la rencontre amoureuse avec Madeleine Renaud, le rappel des années Odéon nourries de la polémique autour des Paravents de Jean Genet et de l’occupation de 1968, la mise en scène du Rabelais à l’Élysée Montmartre ou le théâtre d’Orsay… ce sont les premières années théâtrales de Barrault et le passage chez Charles Dullin où il rencontre le mime Étienne Decroux qui retiennent l’attention. En effet, Barrault raconte qu’après les représentations, il s’installait dans le théâtre et dormait sur la scène à côté d’un Charles Dullin, qui apparaît comme une espèce de Falstaff à la française. L’acteur Barrault occupait déjà la scène jour et nuit, et il ne l’a plus jamais quittée. Quoi qu’il fasse il demeurait un acteur et regardait tout de la scène.

O. M. 

Flammarion, 2010
240 p. 20 €