LE RIRE DU CHRIST
Essais sur le christianisme antique
Contrairement à ce que suggère son titre, ce recueil d’articles n’est pas consacré à résoudre la question classique : pourquoi le Jésus des Évangiles ne rit-il jamais alors qu’il lui arrive de pleurer ? Il s’agit plutôt pour l’auteur de montrer l’importance des trois premiers siècles de notre ère dans la constitution théologique et politique du christianisme et, en particulier, de réévaluer l’importance du judaïsme antique dans cette formation. C’est ainsi que le rire du Christ se trouve thématisé dans la gnose où il n’est pas du tout celui d’un humain, mais au contraire celui du Fils de Dieu riant devant la naïveté des hommes qui le croient mort sur la croix. L’hérésie « docète » (qui refuse l’Incarnation comme la crucifixion) s’inspire de certaines écoles judéo-chrétiennes qui voient dans Isaac (qui échappe au sacrifice in extremis) une anticipation du Christ. Les textes réunis ici portent tous, plus ou moins directement, sur les conflits des interprétations autour de la Passion qui traversent les premiers siècles du christianisme. On y voit ce qui n’est d’abord qu’une secte eschatologique parmi d’autres jouer le judaïsme contre le paganisme, puis contre la gnose, avant de se réclamer du seul événement de la Révélation. Ce parcours historique, déjà passionnant par lui-même, permet aussi à l’auteur de poser des questions plus générales : qu’est-ce qu’une religion en voie de constitution ? Et comment s’impose-t-elle au monde ? De ce point de vue, on retiendra surtout l’étude sur le « radicalisme religieux du premier christianisme » qui restitue avec force la politisation progressive de ce qui aurait pu rester une utopie. Dans ce « vaste supermarché des religions » qu’est le monde méditerranéen sous l’Empire romain, le christianisme parvient à s’imposer en renonçant à son indifférence au monde et en substituant au « zèle religieux » une exigence sociale. La force du christianisme aurait alors été de demeurer révolutionnaire tout en devenant conservateur. Et c’est toute la question des contraintes impliquées par l’injonction d’amour qui vient au premier plan, en tant qu’elle peut mener au fanatisme.
M. F.