RÉINVENTER L’OCCIDENT
Géographe et longtemps conseiller politique (Jean-Pierre Raffarin, Ségolène Royal…), aujourd’hui banquier d’affaires, Hakim el Karoui accompagne des réflexions qu’on peut lire sous la plume de François Heisbourg depuis plusieurs années (voir la Fin de l’Occident) ou dans Esprit (voir « Un monde au pluriel », octobre 2010). L’Occident ne finalise plus l’histoire mondiale alors même que la mondialisation, qui n’est pas uniquement une « affaire économique », est à l’origine de tendances lourdes dont les conséquences sont diverses en fonction des pays et des continents. Dans ce contexte globalisé, chaque monde réagit différemment en fonction de sa culture politique et de son histoire. Ce que montre El Karoui à propos du monde arabo-musulman qui est un partenaire potentiel de l’Occident à la différence de la Chine qui est en passe de reconstruire une Grande Muraille économique. De cela, il ressort que l’Europe, n’ayant pas perdu ses valeurs, devrait avoir l’ambition d’inscrire dans son histoire et dans sa géographie sa capacité de réplique à la mondialisation. D’autant que la Chine impose un capitalisme autoritaire (« La Chine est la chance de l’Occident : en imposant la réciprocité à la Chine, l’Occident prendrait la place qui doit être la sienne aujourd’hui dans le concert international : répondre plutôt que de prendre l’initiative, attirer à lui de nouvelles alliances par sa force d’attraction plutôt que d’en énoncer les valeurs et ne pas les respecter »), et que les pays démocratiques émergents (le Brésil par exemple) oublient que la stabilisation européenne reposait sur un État-providence qui se délite. S’ouvrir à la mondialisation, c’est faire respecter des valeurs que l’Occident risque de brader s’il ne croit qu’aux dogmes du marché et de la science.
O. M.