L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage


Murakami fait simple, dans son dernier roman, comme s’il avait voulu réduire, concentrer ses obsessions dans une trame narrative limpide, à l’opposé du foisonnement imaginaire de ses précédentes œuvres (1Q84, Kafka sur le rivage…). Tsukuru Tazaki faisait partie au lycée d’un groupe d’amis très soudés (deux garçons, Bleu et Rouge, deux filles, Noire et Blanche), dont il s’est retrouvé brutalement exclu. Seize ans après ce traumatisme, il tente de le comprendre en partant à la recherche de ses anciens camarades. Mais dire cela, c’est dire bien peu. Mieux vaudrait peut-être parler des gares que le protagoniste construit et qu’il admire, de la natation qu’il pratique pour oublier ses souvenirs et mieux sentir son corps, de la musique de Franz Liszt qui rythme le roman, d’un monde parallèle qui se dessine ici tout juste, à peine, dans les interstices de l’écriture. Les personnages de Murakami sont toujours incolores ; et si ce roman était aussi une forme de manifeste pour la neutralité du protagoniste ? Un vide au cœur de l’œuvre qui réfracte les autres en même temps qu’il se remplit de leur lumière et de leurs ombres.

 

A. B.

Belfond, 2014
384 p. 23 €