Une force qui demeure
Auteur d’un livre devenu un classique sur le Désenchantement national en 1982, i.e. sur la décolonisation, cette intellectuelle tunisienne qui anime courageusement le Collège de philosophie en pleine medina de Tunis, revient, mais en se penchant désormais sur le sort de la femme, sur les rapports impossibles entre la modernité et la tradition. Refusant les oppositions lourdes, rejetant le face-à-face de la femme islamique traditionnelle et de la féministe occidentale, Hélé Béji s’efforce de penser, non sans proximité avec l’Iranien Daryush Shayegan, ce que le respect d’une certaine tradition (pour ne pas dire « civilité ») peut apporter à la femme moderne qui succombe, elle, au culte de son propre narcissisme corporel et psychique. Mais Hélé Béji ne révère aucunement en retour une tradition susceptible de se retourner par radicalisme contre la liberté des modernes. Cette pensée qui oscille généreusement entre le moderne et le traditionnel, au point d’annuler la portée de cette opposition sourde, ne porte pas par hasard sur la place et le rôle du féminin. Ni traditionaliste, ni féministe, très marquée par la place du corps dans la société, cet ouvrage parle essentiellement de la liberté des femmes. Comme si leur apport singulier était plus indispensable que jamais.
O. M.
O. M.