Willy Brandt


Parue pour le centenaire de la naissance (1913-1992) du premier chancelier socialiste de l’histoire allemande, cette biographie donne l’occasion de se replonger dans l’histoire politique de l’Allemagne d’après-guerre en éclairant l’action d’un homme – maire de Berlin, ministre des Affaires étrangères puis chancelier – pour lequel la division de l’Europe fut le grand sujet. Personnalité attachante, à la vie parfois romanesque, Brandt est resté un chancelier très populaire, même s’il a dû démissionner avant la fin de son mandat en raison d’une affaire d’espionnage montée par la Rda (affaire Günter Guillaume). Issu d’un milieu pauvre, formé par les mouvements ouvriers, exilé au Danemark, il ressent très clairement ce qui l’oppose, en tant que social-démocrate, aux communistes. Intransigeant vis-à-vis du régime est-allemand, auquel il avait appris à résister comme maire de Berlin, il est cependant l’artisan d’un mouvement de détente vis-à-vis de l’autre Allemagne (Ostpolitik), avec laquelle il propose d’apprendre à composer, sans pour autant la reconnaître. Cela lui donne deux occasions de confrontations avec les responsables politiques français : d’une part, en tant que puissance victorieuse, la France est très attachée à ses prérogatives dans le secteur de Berlin-Ouest dont elle a la charge et ne facilite aucune démarche remettant en cause la division de la ville ; d’autre part, Brandt, en tant que chancelier (1969-1974), est confronté dans les années de l’après-68 au terrorisme d’extrême gauche, tandis que la gauche française, avec la stratégie d’union de la gauche prônée par François Mitterrand, soutient ouvertement certaines franges revendicatrices de ces mouvements, provoquant une incompréhension avec leurs camarades d’outre-Rhin. Après son départ de la chancellerie, c’est en tant que responsable de l’Internationale socialiste qu’il joua un rôle déterminant dans la transition démocratique au Portugal et en Espagne, en conseillant et en aidant personnellement Mário Soares et Felipe Gonzáles.

M.-O. P.

Fayard, 2013
312 p. 20 €