Hors les murs
Connu comme architecte en raison de ses réalisations variées (logements sociaux à Évry-Courcouronnes, université d’Amiens, Ens de Lyon, rénovation du musée Guimet à Paris, stade Charléty…), Henri Gaudin mène également une activité d’écrivain qui lui permet de croiser des philosophes comme Henri Maldiney ou des peintres. Hors les murs est un titre doublement significatif : d’une part, il est rappelé dans ces pages, aux accents souvent poétiques, que ce n’est pas le dedans (l’intérieur de la maison) qui regarde vers le dehors puisque celui-ci est l’enveloppe du dedans (ce qui va à l’encontre de l’esprit d’une architecture moderne qui ne veut voir le dehors, à commencer par la nature verte à travers la baie vitrée, que depuis le dedans) ; et d’autre part, la relation du dedans et du dehors, une mise en mouvement ininterrompue, rappelle que l’acte de construction (et donc le logement) est une part de l’habitation. « Le placard s’ouvre sur la pièce qui communique avec le salon qui débouche sur l’entrée qui mène au passage qui donne accès à la rue échancrée sur d’autres rues […] Ouvrons la porte ! Nous voilà happés par le dehors, livrés au “travail du négatif”. Architecture et production du dehors ne font qu’aller au-delà d’elles-mêmes. » C’est donc à une approche à la fois anthropologique et poétique que l’architecte se livre dans le sillage de ses écrits précédents, mais aussi des travaux d’Henri Maldiney, dont les éditions du Cerf entreprennent de publier les œuvres complètes. Le premier tome de celles-ci comporte le volume Regard. Parole. Espace qui, publié en 1973, regroupe des textes rédigés dès les années 1950 qui portent sur la psychiatrie (Maldiney était un proche de Gisela Pankow, très présente dans Esprit dans les années 1980), la peinture, la phénoménologie et l’architecture. Ce n’est pas un hasard : pour H. Maldiney comme pour H. Gaudin, l’inscription dans l’espace est une condition de l’ouverture au monde et de l’ancrage de la parole.
O. M.