Heures anglaises


 

 

 

Européen de New York où il est né en 1843, l’Américain Henry James prend la nationalité anglaise (il s’installe à Londres en 1876 en pleine époque victorienne) un an avant sa mort en 1915. C’est devenu une histoire quasi légendaire. Mais qu’en était-il de cet Anglais d’adoption qui n’a cessé de tisser des liens entre l’Amérique et l’Europe ? Et qu’en était-il d’une Europe qui, pour lui, comprenait l’Angleterre, la France et l’Italie ? La publication (grâce au travail éditorial de Jean Pavan) des Heures anglaises (c’est en Angleterre que James publie nouvelles et romans auxquels Mona Ozouf a consacré un ouvrage) et des Voyages en France (il faut rappeler son amitié avec l’écrivain-voyageur Stevenson à qui l’on doit un voyage avec un âne dans les Cévennes devenu aujourd’hui un circuit touristique) permet fort heureusement de ne pas céder aux seules interrogations sur l’identité intellectuelle et culturelle de James. On saisit qu’il est aussi un voyageur qui dévore les villes et les paysages : le périple français est passionnant, car l’écrivain, qui découvre les châteaux de la Loire et les villes historiques (il passe par Bordeaux, Toulouse, Arles, Nîmes et la très médiévale Carcassonne avant de finir par la Bourgogne), s’intéresse finalement plus aux gens qu’il rencontre (ce qui vaut des scènes hôtelières souvent drôles et de nombreux portraits de personnages inattendus qui se démarquent de ceux de ses nouvelles) qu’aux châteaux plus ou moins hantés par l’histoire. Commencé en Angleterre, le voyage européen de James traversant la France se prolonge en Italie : ce que racontent ses Heures italiennes (publié par Minos/La Différence en poche), où les villes deviennent des personnages à part entière. Le James voyageur se rapproche à merveille de son ami Stevenson, dont il est apparemment si éloigné.

O. M.

 

 

 

Le Seuil, Le don des langues, 2012
304 p. 21 €