Pourquoi les médias disent-ils tous la même chose ?
L’auteur, journaliste lui-même, réfléchit sur une bonne question : l’information, quel que soit l’organe de presse, paraît au lecteur, auditeur, téléspectateur… « copie conforme ». De ce processus Brusini donne diverses raisons techniques (professionnalisation et donc « formatage » du métier, contraintes nouvelles du travail…), mais le plus intéressant est son explication du passage de l’enquête et du reportage sur l’événement à sa mise en série pour l’intégrer dans les « faits de société », « qui ont remplacé les faits divers » : « Le réel devient un réservoir à sujets et non plus à reportage. Dans un tel dispositif, l’image de télévision a pu être dépossédée de sa narrativité. Le montage chronologique des séquences est rarissime, il n’y a plus de discours narratif », mais de la remise en contexte, en série, grâce à du commentaire, des propos d’experts, des interviews, des encadrés. Il faut apprivoiser l’événement, le configurer : une histoire de bébés congelés appellera d’abord des statistiques sur l’infanticide… Paradoxalement, l’information a adopté les procédures de l’exercice du pouvoir, les journalistes font de la « gestion gouvernementale de l’information ». Et paradoxalement encore, en France, c’est un journaliste remarquable, Roger Louis, souvent cité ici avec admiration, qui a joué un rôle moteur dans cette évolution.
J.-L. S.